Derrière moi le train s’éloigne, la gare n’a pas changé : une petite salle d’attente ouverte au vent et peu éclairée, un guichet, l’habituel panneau horaire aux feuilles jaunies et quelques affiches. Il est encore trop tôt pour que le soleil réchauffe la compagne et un vent froid souffle par intermittence. Les dernières belles journées de la saison…
Je pose mon inséparable besace sur un banc et m’assoie à coté. Un homme à la démarche ballotante le visage cramoisi, se poste devant moi, une pancarte à la main. Mon regard observe les mots inscrits sur celle-ci, Mylorie Dubois, c’est de moi qu’il s’agit. Sans un mot, je me lève, sans oublié de prendre mon sac. D’une voie incertaine, je commence la conversation.
« Je suis Mylorie Dubois »
L’homme me regarde de haut en bas.
« Très bien suivez-moi. »
Sans broncher je m’exécute. Déjà les arbres se dénudent. On longe la voie ferrée. De l’autre côté de la rue s’alignent des maisonnettes avec leurs jardinets et leurs portails de fer un peu rouillés. Au fur et à mesure de mes pas un vieux château apparait. Le pensionnat se rapproche de moi, ou plutôt je m’approche de lui.
Mon pas n’est pas très assuré, j’avance par à coups :
tantôt mes pieds me paraissent lourds et traînent derrière moi ; tantôt sans savoir pourquoi, j’accélère l’allure. Et ce cœur qui cogne toujours contre ma poitrine. Je discerne bien le
pensionnat maintenant. Déjà les grands murs de vieilles briques se dressent devant mes yeux. Le grand portail en vue, je commence à avoir chaud et le sac pèse lourd. Je longe le dernier bâtiment
avant l’entrée. En face du portail, de l’autre côté de la route deux gros saules pleureur encadre une statue.
Je n’ai pas le choix, c’est mon destin, j’entre…
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